7h. Le réveil sonne. Je me lève. Vite, avant de risquer de me rendormir.

7h30. J'avale une tartine de brioche en deux bouchées, debout dans la cuisine, fixant la pendule. Vite, je dois partir avant d'être au maximum des bouchons.

8h15. Je suis coincée dans les bouchons. Vite, allez là, on avance, je ne peux pas être en retard.

8h46. Je trouve enfin une place, je me gare. Vite, courir sur le trottoir vers l'hôpital, le staff est dans 10 minutes.

8h54. C'est bon, je suis entrée dans les urgences, ai gagné le vestaire, me suis changée, ai enfilé ma blouse. Vite, je referme le casier, le staff va commencer.

8h58. Je suis seule dans la salle de staff, première arrivée finalement. Vite, doivent se dire les autres, que j'entends parler au loin dans le couloir.

9h03. Tout le monde est arrivé? Vite, on commence. "Alors, pour le premier patient..."

9h21. Le staff est fini, tous les patients restés hospitalisés cette nuit ont été résumés en quelques mots. Vite, on se disperse, chacun file à son poste pour la journée. Mon chef va se chercher un café.

9h38. La journée commence tranquillement. 2 patients inscrits pour l'instant. Mon chef est encore à la cafétéria. Vite, dès qu'il revient, je lui parle du patient que je viens de voir, et j'aurai peut-être le temps d'aller moi aussi prendre un café pour finir de me réveiller.

11h07. Pas eu le temps d'aller prendre ce café, les patients sont certes arrivés au compte-goutte, mais s'enchaînent. Vite, les voir tous rapidement les uns après les autres, il ne faut pas que ça s'accumule, la journée doit rester calme.

12h15. Les infirmiers s'organisent pour aller prendre leur pause déjeuner en se relayant. Je les envie. À tous les coups, nous, on ira encore manger à 15h... Vite, conclure ce dossier, mon patient attend ses ordonnances de sortie.

12h50. Finalement cette journée n'est pas calme du tout. L'infirmière d'accueil inscrit à tour de bras, ça ne s'arrête plus. J'ai faim. Vite, ne pas perdre le rythme, on ira manger quand ça ce sera un peu calmé.

13h45. Mon ventre gargouille. Je continue à voir les nouveaux inscrits. L'infirmière d'accueil trie les patients par gravité : Vignettes vertes, oranges, rouges... Vite, trouver sur l'écran l'étiquette la plus urgente, localiser dans quel box le patient est installé, et filer le voir. 

14h05. Je croise mon chef en train d'engloutir un petit pain de l'hôpital, une radio à la main. Ça me rappelle que j'ai faim, j'avais presque oublié. Vite, faire mes prescriptions, l'infirmière attend, son matériel de perfusion est déjà prêt. 

15h. J'ai vraiment faim. D'habitude c'est à peu près à cette heure-ci que l'on peut enfin aller déjeuner, quand les chefs sont revenus de leur pause. Là, impossible, le chef n'y est pas encore allé, il virevolte dans tous les sens, va de box en box, répond sans cesse au téléphone. Vite, il a raccroché, je fonds sur lui pour lui poser des questions sur mon dernier patient.

15h58. Ma tartine de brioche de ce matin est loin, bien loin... Mon co-interne me demande pourquoi je ne vais pas chercher quelque chose à manger. - "Ben, on ne va pas aller déjeuner ensemble?" - "Non, moi je fais le Ramadan, mais toi, vas-y!". - "Ah..." - "Vite, crie une infirmière à ce moment, vite, un médecin au box 2, le patient va pas bien là!" Je n'ai pas d'autre dossier en cours, je cours donc au box 2.

16h26. Le patient du box 2 n'allait vraiment pas bien. Il a été perfusé, rempli, mais sa tension est toujours à 6. Il monte en réanimation, c'est fini pour nous. Vite, imprimer son compte-rendu, son dossier complet doit monter avec lui.

17h09. Le logiciel des résultats de biologie me plante une énième fois dans les mains. Je redémarre. Ah tiens, je tremblote des mains. Vite, je me lève... Trop vite : voile noir. J'attends que ça passe, et je cours à la cafétéria chercher quelque chose à becqueter avant de finir en malaise vagal. Pas le temps d'aller déjeuner à l'internat.

17h11. - "Il n'y a plus de sandwich?" - "Non madame, désolé! Mais c'est plutôt l'heure du goûter, non?" Le serveur n'a pas tort. J'hésite entre le cookie tout chocolat et un muffin aux myrtilles. Vite, payer, "Oui oui, à emporter!" Je ne veux pas prendre le risque qu'on me surprenne tranquillement attablée alors que c'est la folie au bout du bâtiment.

17h16. Je me réinstalle à l'ordinateur et savoure mon cookie tout en tapant mon observation d'une seule main. Mon chef me lance : "Si ça peut te rassurer, moi aussi, je n'ai pas déjeuné!" Je rougis, comme prise en faute. Je crois que non, ça ne me rassure pas particulièrement. Je bredouille pour me justifier que j'avais trop besoin de sucre. Je lui propose un morceau de cookie. "Non merci, je n'ai même plus faim, tu sais..." Vite, ramasser les miettes tombées entre les touches du clavier.

17h50. Les gens affluent encore aux urgences, l'écran clignote de vignettes de patients, ceux-ci sont installés un peu partout, des brancards dans tous les box, dans les couloirs, dans le moindre recoin. Mais je jubile en regardant l'heure : dans 10 minutes, l'équipe de nuit arrive, et je serai enfin libre. "Vite, me demande mon chef, tu peux aller voir ce patient qui vient d'être installé au box 3?"

18h10. L'équipe de garde est arrivée, j'attends mon tour pour leur faire des transmissions sur le patient du box 3. Mon chef, lui, a fini les siennes. Vite, il part se changer. Chanceux.

18h33. J'ai quitté ma blouse, je referme la porte du vestiaire, je traverse le hall de l'hôpital, et je sors enfin. Je vais pouvoir retrouver ma famille. Vite, vite, vite, vite!

 

 

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Le lapin blanc - Alice au Pays des Merveilles