Il y a onze ans (Oh là là, déjà...?), j'entrais en classe de troisième. À l'époque, je commençais tout juste à me dire que je me verrais bien médecin. Au début de l'année, on nous avait fait visiter la salle avec les petits prospectus sur tous les métiers possibles, et on avait rencontré la dame-avec-qui-tu-peux-discuter-de-ton-avenir.

Ce qui l'arrangeait, la dame, c'est quand on avait déjà une petite idée de ce que qu'on voulait faire plus tard, c'était plus simple. Du coup, quand je lui ai dit que je me posais des questions sur la médecine, la dame-avec-qui-tu-peux-discuter-de-ton-avenir m'a montré, toute contente, le coin de la salle où se trouvaient les prospectus sur les études de santé, et j'ai appris qu'en gros, il fallait aller à la fac, et que c'était de longues études.

 

Il y a neuf ans, j'étais en première S. J'avais toujours envie d'être médecin, et j'avais donc choisi de faire "S", parce qu'on m'avait expliqué que c'était indispensable pour réussir le concours. Ah oui, parce que c'est à ce moment que j'ai appris qu'il y avait un concours très dur à la fin de la première année. Et que celui-ci était différent dans chaque fac, avec un peu plus de ceci, ou un peu moins de cela. Je me suis donc penchée sur les différents programmes afin de choisir également mon option pour le bac.

J'avais alors pour seule vision de la médecine celle que j'avais expérimentée par moi-même : je connaissais donc, depuis toute petite, une pédiatre pour le suivi, les vaccins et les petites maladies de l'enfance, un dermato pour mes - très nombreux - molluscums et verrues , une ophtalmo pour mes lunettes. Ce n'est qu'en fait assez tard, vers la fin du lycée, que j'ai fait la connaissance de mon généraliste.

 

Il y a sept ans, j'ai passé mon concours de P1. J'avais dans l'idée de devenir, ne connaissant aucune autre spécialité, soit généraliste, soit pédiatre, soit dermato, soit ophtalmo. Pour cela, j'ai bossé pendant un an comme une folle sur des matières plus ou moins intéressantes, et plus ou moins éloignées de la pratique médicale.

Un peu plus tard, en début de P2, j'ai appris qu'il y avait un autre concours à passer pour devenir médecin, celui des ECN. Curieusement, les gentilles dames-avec-qui-tu-peux-discuter-de-ton-avenir ne m'en avaient jamais parlé, de celui-là. Mais peut-être que c'est tant mieux, finalement. Aurais-je eu le courage d'entreprendre ces études, si ça avait été le cas? Enfin de toute façon, j'étais lancée... Donc j'ai continué.

 

Il y a cinq ans, j'ai commencé mon externat. Au fil des stages que j'ai expérimentés et appréciés, j'ai me suis tour-à-tour imaginée cardiologue, gynécologue, pédiatre... Et j'ai aussi découvert ce qui ne me plaisait pas en médecine, notamment la chirurgie (voir ici). Cependant, il me restait toujours, dans un coin de ma tête, l'image de mon gentil généraliste, que j'étais allée voir plusieurs fois comme patiente, et dont le métier me semblait de plus en plus intéressant. Malheureusement, la fac ne nous proposait pas de stage chez un généraliste avant la dernière année d'externat. Il me fallait donc encore patienter.

C'est à cette époque, en stage à l'hôpital comme à la fac, que j'ai entendu le plus de discours orientés anti-médecine générale, tels que d'autres chouettes médecins le relatent mieux que moi ici, ou bien encore . Pourtant, mon expérience en tant que patiente de mon MG me donnait l'impression d'une spécialité bien plus riche en relationnel, en pathologies diverses, en situations de soins variées, que toutes celles qu'on nous enseignait à la fac.

 

Il y a deux ans, je suis entré en D4, la dernière année d'externat. Je suis enfin passée de l'autre côté du bureau d'un généraliste, pendant 3 mois, puisque j'ai eu la chance de pouvoir faire un stage chez le praticien. Ma fac n'avait pas créé assez de places pour que toute la promo puisse y aller, malgré le caractère officiellement obligatoire de ce stage. Mais ça ne posait pas trop de problèmes, puisqu'après plusieurs années de dénigrement ostensible des MG de la part de nos profs, c'était bien normal que la plupart de mes petits camarades de promo ne se bouscule pas au portillon pour tenter l'expérience... J'ai enfin eu la confirmation que j'attendais tant, celle que c'était bien ce métier qui me plaisait le plus, parmi tous ceux que j'avais découverts en six ans. J'ai donc travaillé toute l'année mon concours en pensant bien choisir la médecine générale. 

Cependant, lassée d'entendre les profs, les médecins, les tata Simone et les monsieur-tout-le-monde faire la moue quand je leur expliquais ce que je voulais faire plus tard, j'évitais de plus en plus de répondre la vérité lorsqu'on me posait la question. Et oui, je l'avoue, je me suis mise petit-à-petit à évoquer plutôt des spécialités "plus prestigieuses".

 

Il y a un an, j'ai passé l'ECN et j'ai du choisir - enfin - la spécialité que je désirais exercer pour le reste de ma vie. J'ai passé mentalement en revue toutes les spécialités qui m'avaient déjà tenté, j'ai réfléchi une dernière fois, puis j'ai fini par cocher la case "médecine générale".

C'était parti.

Et pour le moment, je ne regrette pas du tout.

Pour le moment.

 

 

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