On se doute bien, même pour les personnes les plus éloignées du milieu médical, que le métier de chirurgien est bien différent du métier de généraliste...

Personnellement, j'ai su assez vite au cours de mes études de médecine que je ne serai jamais, ô grand jamais, une chirurgienne de talent, et tant qu'à faire, chirurgienne tout court.

Pourtant, les petites choses manuelles, à la base, j'aime bien ça : dessiner, faire du découpage, démonter des trucs, assembler les jouets des Kinder Surprise... Tout ça, je gère.

Mais dès mes premiers passages au bloc opératoire, en tant qu'externe, j'ai compris que le monde de la casaque stérile et du bistouri n'était pas fait pour moi. 

Du coup, depuis, je suis très admirative de ceux de mes amis qui eux, ont franchi à jamais la porte du bloc en commençant un internat de chirurgie. Parce que moi, je n'aurai pluuuuus jamais à faire tout ça

- Porter des sabots de bloc en plastique tout moches, toute la journée...

- Se laver les mains pendant au moins 5 minutes : Pour continuer à trouver encore de nouvelles parcelles de peau à laver au bout de 2 minutes, sans repasser toujours aux mêmes endroits, faut de l'inspiration, c'est encore pire que se laver les dents pendant 3 vraies minutes!

- Se laver les mains avec une brosse en poils de plastique durs qui grattouille, un produit qui mousse mais qui ne sent même pas bon, et tout ça sans toucher le lavabo...

- Se laver les mains plus de 10 fois par jour selon les modalités décrites ci-dessus, en étant à chaque fois rapide (on t'attend dans le bloc), mais à la fois lent (5 vraies minutes, on a dit), sans pitié pour l'état désormais déplorable de ta petite peau fragile.

- Rentrer dans le bloc et savoir reconnaître d'un seul coup d'oeil le chef, la panseuse, l'IADE, l'anesthésiste, le garçon, l'externe, parmi une flopée de silhouettes habillées en bleu (ou vert), avec calot ou charlotte sur la tête, et surtout des masques qui leur couvrent tous les 2/3 du visage...

- S'habiller d'une casaque stérile en tournant habilement sur soi-même sans se prendre les pieds dans ses sabots, et sans toucher l'IBODE qui t'aide à l'enfiler

- Enfiler une paire de gants stériles en latex qui te colleront la peau pendant les 3 prochaines heures, mais dans lesquels tu es censé te sentir à l'aise tout de même. Et parfois, encore pire, en enfiler 2 paires l'une sur l'autre! (Vous avez déjà essayé d'enfiler des gants en latex sur des gants en latex, vous? Essayez...)

- Ne pas avoir le droit de se gratter le nez pendant plusieurs heures (rien qu'à l'écrire, ça me donne déjà envie de me gratouiller)

- Réagir de manière appropriée aux blagues vaseuses et machos de ton chef (N.B : Rougir sous ton masque sans rien dire ne fait pas partie des réactions attendues, ignorer ses vannes sans lui faire le plaisir d'y rire, non plus...)

- Rester debout sans sourciller tout au long de l'opération, malgré : la vue du sang, l'odeur du sang, l'odeur de transpiration de ton chef, la chaleur insupportable des 2 énormes scialytiques au-dessus de ta tête, ta propre transpiration sous tes 2 couches de gants, le bruit de la scie électrique, la poudre d'os qui te gicle dans les yeux, le petit-déj qui remonte déjà à plus de 6 heures...

Moi, à ce stade, en général, je suis déjà sortie toute pâle et en sueurs, du bloc, allongée sur un brancard les pieds en l'air dans la salle de réveil, avec le brancardier sympa qui m'apporte un Flamby* et un sachet de sucre en rigolant... 

Alors pour tout ça, mes potes chirurgiens, je vous admire.

(* : Véridique! Et même plus d'une fois...)